Billets classés dans ‘Bibliothèques’

25 février 2010

Le coworking: un modèle d’avenir pour les bibliothèques?

Ça fait longtemps que je reporte l’écriture de ce billet, comme c’est souvent le cas avec les sujets plus importants que je veux aborder. (Mon billet précédent n’en faisant pas partie!) Je lance aujourd’hui une discussion qui, je l’espère, rejoindra autant la communauté des bibliothèques que celle du coworking (on dit également cotravail, mais pour les besoins du billet, je vais conserver le terme généralement associé au mouvement).

Tout d’abord, quelques observations:

Les cafés sont des lieux populaires auprès des travailleurs indépendants et des étudiants

Je n’ose pas dire «plus populaires que les bibliothèques» car je n’ai trouvé aucune étude sur la question, mais de mes propres observations, les bibliothèques ne sont pas la destination de prédilection pour une majorité d’étudiants et de travailleurs indépendants qui veulent passer la journée à travailler à l’extérieur de chez eux.

RueMasson.com, un tout nouveau site Web qui célèbre le quartier du vieux Rosemont à Montréal, publiait il y a quelques jours un billet intitulé Enquête : les meilleurs endroits où travailler avec son ordinateur. Leurs critères d’évaluation sont assez révélateurs: ambiance, nourriture, service, internet et prises de courant, confort. En d’autres mots, si on veut passer la journée à travailler, on cherche une ambiance agréable, on veut pouvoir manger sur place et boire son café, sans devoir quitter sa table et transporter son ordinateur et ses livres. J’ajouterais qu’on veut également pouvoir arriver très tôt, partir très tard, travailler en groupe, parler au téléphone, etc. Tant de choses souvent difficiles, parfois interdites, dans la plupart des bibliothèques publiques; et pas toujours optimales dans les cafés non plus.

Pendant mes années d’étudiant et de travailleur autonome, j’ai constamment été, comme beaucoup de mes collègues, à la recherche de l’espace de travail idéal. Chez moi: trop de tentation à la procrastination, trop solitaire, et envie de changer d’air. Bibliothèque: heures d’ouvertures trop restreintes, obligation de se déplacer pour manger, ambiance parfois austère. Cafés: obligation de consommer, difficulté de se concentrer. Ce sont néanmoins les cafés, qui, généralement, remportaient la mise. On n’a qu’à entrer dans une Brûlerie St-Denis ou un Starbucks pour noter l’ampleur du phénomène.

À l’ère du numérique, les bibliothèques sont appelées à jouer de nouveaux rôles

Ce n’est une nouvelle pour personne: le modèle traditionnel des bibliothèques n’est plus tout à fait en phase avec les pratiques d’accès à l’information d’aujourd’hui. Ce que sera le nouveau modèle — ou plutôt, les nouveaux modèles — de la bibliothèque à l’ère du numérique laisse place à de nombreuses, intéressantes et pertinentes discussions dans le monde de la bibliothéconomie.

J’ai déjà parlé dans ce blogue du concept de troisième lieu, au sujet duquel je vous conseille vivement la lecture de la thèse de Mathilde Servet, Les bibliothèques troisième lieu. Dans sa thèse, elle observe un nouveau modèle de bibliothèque émerger: de véritables espaces publics pour la collectivité, des centres culturels et communautaires qui, après le lieu de résidence et le lieu de travail, deviendraient ainsi le troisième espace social des citoyens. Au Royaume-Uni, au Pays-Bas et en Scandinavie, les bibliothèques ont déjà pris ce virage avec des projets innovateurs comme les «Idea Store». En multipliant les programmes d’animation et de médiation de la lecture, et en faisant des bibliothèques des lieux de plus en plus animés, on se dirige dans cette direction au Québec également.

Je propose que l’on considère également les bibliothèques comme des deuxième lieu, à l’intention de ceux qui n’en ont pas. La bibliothèque deuxième et troisième lieu: un espace social de travail et un lieu d’échange des connaissances dans la communauté.

Les bibliothèques sont naturellement des lieux de partage de connaissances

Quel est le rôle des bibliothèques, sinon de garantir à tous les citoyens un accès gratuit à la connaissance et à la culture? Si on admet que les centres culturels, lorsqu’ils existent, jouent le rôle de démocratiser certains arts en organisant expositions et spectacles gratuits, il reste aux bibliothèques de garantir un accès à la culture littéraire, à la culture scientifique, et… à «la connaissance». La connaissance des citoyens d’une ville est énorme, et elle se transmet souvent mieux par des échanges entre individus que par la lecture de documents écrits, qui ne contiennent qu’une partie de toute la connaissance en grande partie tacite.

Il m’apparaît naturel que les bibliothèques revendiquent le mandat de servir d’espaces d’échange de ces connaissances, en accueillant des événements qui ont de toutes manière déjà lieu, mais ailleurs (en ayant parfois de la difficulté à trouver un endroit, cela dit). Ces événements sont des occasions de rencontre entre les membres d’une communauté, et parfois même des occasions de développement de nouvelles connaissances. Leur simple existence témoigne de la vitalité de notre «société du savoir».

À Montréal, comme dans plusieurs autres grandes villes (mais Montréal est particulièrement dynamique à ce niveau), on ne compte plus le nombre d’événements du type «barcamp» qui se tiennent chaque mois, organisés par des bénévoles passionnés et impliqués dans leurs communautés respectives, qui échangent beaucoup en ligne mais qui comprennent l’importance de discuter et de se rencontrer physiquement. À ma connaissance, aucun de ces «camp» ne s’est déroulé dans une bibliothèque, alors que de nombreux se déroulent dans des espaces de travail de type «coworking», que je décrirai plus loin.

Pour suivre encore un peu l’actualité montréalaise, un groupe de personnes développent actuellement le projet Upop Montréal, une université populaire qui prévoit débuter ses activités à l’automne 2010, et qui offrira des cours ouvert à tous, à l’extérieur du modèle académique traditionnel. Comme les autres événements mentionnés, il s’agit d’une initiative purement bénévole, probablement non subventionnée et sans modèle d’affaire sinon trouver des commanditaires pour absorber les coûts. La philosophie n’est pas de faire de l’argent, mais de partager des expériences, diffuser des connaissances, rencontrer des personnes enrichissantes. Il me semble que ce type d’activité devrait naturellement être accueilli par des institutions dont la vocation est la circulation des connaissances dans la communauté. Les bibliothèques en font partie.

Le mouvement du «coworking» à la rescousse

«Did you know that there is a global community of people dedicated to the values of Collaboration, Openness, Community, Accessibility, and Sustainability in their workplaces?»coworking.com.

14% des travailleurs québécois sont des travailleurs indépendants, selon Emploi Québec, et, contrairement à la croyance, ce taux serait relativement stable depuis 20 ans. Mais si le nombre de travailleurs indépendants n’a pas significativement augmenté, on a pendant cette période vu l’arrivée du Web et l’émergence d’une forte culture participative. Peut-être le mouvement des coworking est-il issu de cette culture?

«Working alone sucks» ont commencé à proclamer travailleurs de partout, dès 1999. Un mouvement est né. «A movement to create a community of cafe-like collaboration spaces», comme le décrit le blogue coworking.info. Des espaces de travail conviviaux, des foyers de collaboration. Des lieux qui sont, justement, à la fois des deuxième lieu (lieu de travail) et des troisième lieu (lieu de vie citoyenne).

À Montréal, le premier espace de coworking est Station C, fondé en 2008 par Daniel Mireault et Patrick Tanguay. Dans son manifeste, on peut lire que «La Station C est un espace de travail qui encourage la collaboration, l’esprit de communauté, et les heureuses surprises. Nous offrons un point de rencontre aux créateurs et aux innovateurs, qu’ils soient entrepreneurs, travailleurs autonomes, geeks, designers, rédacteurs, artistes ou activistes. La Station C appartient au mouvement international du co-travail, qui vise à réunir les avantages d’un bureau, d’un café, d’un salon, d’un incubateur d’entreprises, et d’un lieu public

Puis est apparu en 2009 la coopérative ECTO. On peut lire sur son site que «ECTO réunit un ensemble d’individus mus par le désir de mettre en place une nouvelle forme d’organisation du travail, adaptée à la réalité économique du XXIe siècle. S’appuyant sur le modèle des coworking spaces (un mouvement en plein essor), la coopérative ECTO offre à ses membres un espace collectif de travail et d’échanges qui permet de nourrir le travail des uns et des autres, tout en contribuant à leur mieux-être, et en encourageant la synergie entre les personnes qui travaillent dans des domaines distincts.»

Ces espaces montréalais s’inscrivent dans la communauté grandissante des coworking dans le monde [carte]. C’est une communauté transparente et ouverte, toujours prête à aider les nouveaux projets: «500+ people from around the world, working together on this. There is no central organization, only leagues of interested individuals, making these spaces happen.»

Qu’est-ce que les bibliothèques ont à voir là-dedans?

Si on peut aisément voir dans les bibliothèques le mandat de servir de lieux d’accès à la connaissance pour tous, il n’est pas aussi simple de justifier qu’elles devraient également servir d’espaces de travail quotidiens pour un ensemble de travailleurs indépendants. Pourtant, la demande est certainement là.

Il ne serait pas difficile de remplir des bibliothèques de pigistes, graphistes, programmeurs, écrivains, étudiants et autres travailleurs qui, plus souvent qu’autrement, travaillent de chez eux. On créerait certainement de la sorte de véritables pôles d’activité, d’où émaneraient certainement de nombreux projets et des collaborations entre travailleurs aux horizons divers. La bibliothèque comme pôle d’innovation: pourquoi pas? Mais cela se fera à condition que les bibliothèques participantes soient conçues et gérées à cette fin, qu’elles soient animées d’une vitalité créative, bref, d’une véritable «ambiance de café», pour reprendre l’expression du mouvement.

Enfin, pour conclure, je dois préciser que l’idée que j’avance ici n’est certainement pas que les bibliothèques publiques fassent compétition au coworking… mais plutôt qu’elles joignent le mouvement! Et l’idée n’est pas non plus que toutes les bibliothèques adoptent ce modèle, mais que certaines, stratégiquement localisées, soient planifiées afin de répondre à ces besoins spécifiques. Pourra-t-on encore parler de bibliothèques? Là n’est pas la question. Si le terme peut ne pas sembler le plus approprié, l’institution qu’il y a derrière est, à mon avis, toute indiquée pour jouer ce rôle.

16 novembre 2009

Journalistes et bibliothécaires: même combat?

Notes: 1) J’écris ce billet afin de faire suite à des échanges entamés avec @mariehlabory, @pmlozeau, @JF_Cusson, @Bibliomancienne et @dpapin. Les commentaires de tous, journalistes comme professionnels des milieux documentaires, sont bien sûr les bienvenus. 2) J’utilise parfois le mot «bibliothécaire», comme dans le titre, alors que je désigne en fait tous les professionnels des milieux documentaires.

Le saviez-vous? Dans les 4-5 derniers jours se sont déroulés, simultanément, deux congrès de professionnels de l’information. Dans chacun d’eux, les préoccupations tournaient essentiellement autour du même thème: l’impact du numérique sur la profession.

D’abord, au Palais des congrès, le Premier Congrès des milieux documentaires, auquel j’assistais, réunissait sous le thème «Investir le monde numérique» plus de 850 membres de 7 associations professionnelles. «Enfin, un congrès commun», nous disions-nous, alors que les muséologues s’étaient réunis il y a un mois et qu’au même moment, plus de 500 autres professionnels de l’information se réunissaient à Sherbrooke. Je parle bien sûr du congrès de la Fédération des journalistes professionnels du Québec dont le thème était «Sortie de crise», version plus alarmiste de «Investir le monde numérique». Je vous suggère d’ailleurs de lire les bilans de Dominique (milieux documentaires) et d’Alexandre Cayla (FPJQ).

Je ne fais pas nécessairement la promotion d’un éventuel congrès qui regrouperait 1500 personnes de 10 associations différentes, quoique cela serait sans doute fort intéressant. Je crois tout de même en l’importance de créer des espaces de discussion entre tous les professionnels de l’information et peut-être ainsi réduire le fossé qui semble exister entre disciplines. Nous partageons des préoccupations communes, et notre diversité de points de vue et de compétences peut certainement enrichir nos réflexions respectives. En fait, même notre mission est commune. Ce qui nous rejoint tous, au-delà de notre adaptation au numérique, c’est notre mission de servir l’intérêt public en diffusant et mettant en valeur du contenu informationnel, non?

Or journalistes et bibliothécaires se parlent peu et ne se perçoivent pas naturellement comme des collègues. Pourtant, avec le numérique qui embrouille considérablement les cartes, même la distinction nette entre ces professions mérite d’être réévaluée. Les journalistes ont déjà commencé à sélectionner et proposer des ressources qu’ils jugent de qualité. On appelle ça du journalisme de lien et certains prétendent que les sites Web de presse devraient en faire davantage. D’autre part, les bibliothécaires ont déjà commencé à produire du contenu informationnel original. On le fait au Réseau des bibliothèque publiques de Montréal avec les Actualités, et la bibliothèque de Lyon le fait avec son site Points d’Actu. Je vous invite d’ailleurs à lire Pirathécaire, qui s’intéresse aussi à ces questions, et qui mentionnait récemment le rôle que pourraient aussi jouer les bibliothécaires pour informer le public.

Sur une note plus personnelle, après des années de journalisme étudiant et quelques contrats à la pige, la distinction n’a pas toujours été claire pour moi. J’ai longtemps été tiraillé entre les deux professions. En fait, ne pouvant choisir, je me suis inscrit dans les deux formations, que j’ai suivi en parallèle jusqu’à ce que la maîtrise n’ait raison du certificat. Une journée n’a que 24h, malheureusement !

Je propose, comme ça, deux idées concrètes, et j’ai hâte de lire les vôtres:

D’après vous, cela vaut-il l’effort?

Des volontaires?

14 juillet 2009

L’édition du futur est à nos portes

Note: Cet article est d’abord paru dans la revue Argus, vol. 38, no. 1 (mai 2009). Puisqu’il n’est pas disponible en ligne ailleurs, je le rend disponible ici, augmenté de quelques hyperliens.

Un jour, Jason Epstein a présenté une machine d’une demi tonne et s’est exclamé: « Ceux qui l’auront vue en action saisiront l’essence même de l’édition du futur! »

Cette scène ne s’est pas passée au XVe siècle autour d’une presse de Gutenberg. Il s’agit plutôt d’une démonstration tenue le 10 février dernier à l’occasion de la conférence O’Reilly Tools of Change for Publishing (TOC 2009). Chaque année, cet événement prestigieux attire à New York des centaines d’éditeurs, de bibliothécaires, de libraires et d’entrepreneurs partageant tous le même défi : garder sa pertinence en tant que spécialistes de l’imprimé dans une économie et une culture qui, chaque année, devient de plus en plus numérique.

Et ce n’est pas un hasard si l’hôte de cet événement s’appelle Tim O’Reilly. Connu du public en tant qu’observateur de l’évolution du Web et défenseur du mouvement Open source, il est lui-même éditeur depuis 1973. Sa collection d’ouvrages d’informatique – souvent appelés « animal books » en raison de leurs couvertures illustrées d’estampes d’animaux – constitue une référence pour les informaticiens. O’Reilly Media ne se définit pourtant pas comme une maison d’édition. L’entreprise s’est donné le mandat de contribuer, autant par la publication d’ouvrages que par l’organisation de conférences, à « la diffusion de la connaissance des innovateurs ». Il était donc tout naturel que Jason Epstein, co-fondateur de l’entreprise On Demand Books, y trouve une tribune.

La machine qu’Epstein a présenté aux participants de TOC 2009 était la deuxième mouture d’un appareil qui avait déjà attiré beaucoup l’attention. Il s’agit de l’Espresso Book Machine (EBM), une véritable presse en miniature qui rend possible le développement de services d’impression de livres à la demande. Le premier prototype, en 2007, a été nommé invention de l’année 2007 par le magazine Time.

Non seulement cette machine permet-elle de fabriquer un livre – reliure et découpage compris – mais elle le fait en quelques minutes, à faible coût, avec une grande qualité d’impression et sans intervention humaine. Quelques clics et deux fichiers PDF suffisent à lancer l’opération. On dit que le livre ainsi produit ressemble à s’y méprendre à l’exemplaire original.

L’appareil, qui ressemble à un énorme photocopieur, n’entrerait probablement pas dans votre salon, mais pourrait certainement trouver sa place dans votre bibliothèque, à la condition que votre budget le permette.

À plus de 100 000$ pièce, ces appareils coûtent cher. Le PDG de l’entreprise croit toutefois qu’avec la demande, une production de masse pourra éventuellement en réduire les coûts à ceux d’un grand photocopieur de bureau. Dans une entrevue accordée en 2007 au blogue Future Perfect Publishing, il estime qu’un jour l’impression à la demande deviendra un service courant, disponible autant dans les librairies et les bibliothèques que dans les hôtels, supermarchés, bureaux de postes et même les bateaux de croisière. L’appareil occuperait ainsi la fonction de « guichet automatique de livres », surnom que lui a attribué la magazine Time.

Nous n’en sommes toutefois pas encore là. Jusqu’à présent, une quinzaine seulement d’EBM ont trouvé preneurs, et ce, à l’échelle mondiale. Ces clients sont de grandes bibliothèques et librairies universitaires, ou encore des entreprises voulant offrir des services d’impression à la demande à des individus cherchant un moyen de s’auto-publier à bas prix.

Pendant ce temps, à Montréal…

Fait notable, une de ces quinze machines se trouve à Montréal. En effet, selon On Demand Books, l’Université McGill aurait fait l’acquisition d’un appareil, dont la livraison serait prévue au cours du printemps.

Au moment où nous l’avons contacté, la direction des services technologiques de la bibliothèque de l’Université McGill était en période de planification de sa stratégie. Elle a préféré s’abstenir de commenter la nature des services d’impression à la demande qu’elle prévoit développer.

Pour leur part, les bibliothèques de l’Université de Montréal, de l’UQAM, de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke nous ont indiqué qu’elles ne planifiaient pas effectuer, à court terme, une telle acquisition ou mettre en place un service d’impression à la demande.

Rappelons qu’à l’occasion du Congrès annuel de l’IFLA qui s’est déroulé à Québec à l’été 2008, l’Université McGill avait annoncé qu’elle entreprenait un vaste programme de numérisation et de mise en ligne des quelques 300 000 titres de sa collection de livres rares. On apprenait à cette occasion que l’université avait conclu une entente avec les entreprises américaines Kirtas Technologies et Ristech afin d’obtenir un numériseur robotique Kirtas APT BookScan 2400RA. Grâce à cet appareil permettant de numériser jusqu’à 2,400 pages à l’heure, l’importante collection de livres rares de McGill pourra se retrouver en ligne en un temps record.

Il suffit d’observer les autres bibliothèques ayant fait l’acquisition de l’EBM pour réaliser l’étendue des possibilités de cette machine en milieu universitaire. La bibliothèque des sciences Shapiro de l’Université du Michigan a été la première bibliothèque universitaire à acquérir l’EBM et à y développer des services. Ayant également été une des premières à s’associer à Google pour la numérisation de ses collections, elle dispose d’un imposant catalogue de deux millions de livres numérisés. En plus de ces ressources, elle peut puiser parmi les nombreux titres disponibles sur le Web en vertu de l’Open Content Alliance afin d’imprimer sur demande des titres pour des besoins d’enseignement et de recherche.

Ainsi, non seulement la machine permet-elle de faire circuler des livres rares et abîmés qui figurent déjà dans la collection de la bibliothèque, elle permet également d’obtenir rapidement et à faible coût, lorsque le droit d’auteur le permet, des ouvrages existant ailleurs dans le monde. Dans une université ayant elle-même entrepris un plan de numérisation et de partage de ses ressources, par exemple. En entrevue pour le journal de son université, le doyen des bibliothèques de l’Université du Michigan, Paul Courant, observe ainsi qu’en tant que bibliothèque, « nous avançons au-delà des limites de l’espace physique. »

À l’Université d’Alberta, c’est plutôt la librairie qui a hérité de l’EBM, et qui a entrepris de développer des ententes avec des éditeurs. Les libraires obtiennent des exemplaires PDF et versent des redevances en fonction du nombre d’impressions effectuées. Fini les délais, les frais de livraison et les copies non vendues! Fini également l’époque où l’on pouvait concevoir un ouvrage en ayant l’assurance que chaque exemplaire en circulation serait identique. Avec le système développé à la librairie de l’Université d’Alberta, les livres sont souvent décomposés, achetés par chapitres selon les objectifs d’un professeur, et parfois enrichis de contenus provenant d’autres sources.

Après la musique et les films, assisterons-nous à l’émergence d’une culture d’ « échantillonnage » ou de « remixage » des livres? La disponibilité d’appareils comme l’EBM stimulera-t-elle le téléchargement illégal d’ouvrages numérisés? On peut également se demander si ces appareils d’impression à la demande trouveront réellement leur public, Alors qu’on s’attend à la popularisation imminente des livres électroniques, ces appareils mobiles qui promettent d’offrir une lecture aussi confortable que le papier.

Chose certaine, l’industrie du livre n’est pas au bout de ses questionnements. Soyons assurés que Tools of Change for Publishing demeurera un événement couru pendant de nombreuses années.

16 novembre 2008

Typographes et bibliothécaires, même combat?

The typographer’s one essential task is to interpret and communicate the text. Its tone, its tempo, its logical structure, its physical size, all determine the possibilities of its typographic form. The typographer is to the text as the theatrical director to the script and the musician to the score.

(…)

The first task of the typographer is therefore to read and understand the text; the second task is to analyse and map it. Only then can typographic interpretation begin.

Robert Bringhurst, The Elements of Typographic Style

Par l’analyse de la structure des textes qu’il doit mettre en forme, le typographe parvient à communiquer la structure de ces textes avec un maximum de lisibilité.

Par l’analyse du contenu des textes qu’il doit organiser, le bibliothécaire parvient à bâtir la structure d’une collection avec un maximum de cohérence.

Les typographes et les bibliothécaires partagent le même objectif: réduire les obstacles entre lecteurs et textes; et ils y parviennent de la même manière: par l’analyse de ces textes.