14 janvier 2010

L’influence d’Internet sur la pensée

Comment Internet modifie-t-il votre manière de penser? Voilà la question de l’année de l’influent webzine intellectuel The Edge. Pas moins de 167 auteurs de tous les milieux ont exploré la question de tous les angles. Si la question vous intéresse, vous êtes servi.

Pour Lee Smolin, un réputé physicien du Perimeter Institute, il serait faux d’affirmer qu’Internet a transformé notre façon de penser. C’est plutôt le contexte dans lequel on pense qui a changé.

«We used to cultivate thought, now we have become hunter gatherers of images and information. This speeds things up a lot but it doesn’t replace the hard work in the laboratory or notebook which prepares the mind for a flash of insight. But it nonetheless changes the social situation of that mind. Scholars used to be more tied to the past through texts in libraries than to their contemporaries. The Internet reverses that by making each of our minds a node in a continually evolving network of other minds.» (lire l’essai au complet)

Dans son essai, Smolin observe aussi qu’Internet a eu pour effets d’«aplanir» les communautés scientifiques («Blogs, email and Internet data bases put everyone in the community on the same footing»); de les délocaliser («You don’t need to travel to see or give talk»); de les synchroniser («Everyone gets the news about the new papers at the same time every day. Gossip spreads just as fast on blogs.») et de les élargir («It creates communities of diverse thinkers who would not otherwise have met»).

Il me semble indéniable qu’Internet a considérablement transformé le contexte dans lequel la connaissance circule. Mais je ne crois pas qu’il soit possible de persister dans ce nouvel environnement sans que soit à son tour transformé notre façon de penser.

Si nous accédons différemment à la connaissance, n’apprendrons-nous pas différemment? Et si nous apprenons différemment, peu à peu, ne penserons-nous pas différemment?



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Pas convaincu qu'Internet modifie notre façon de penser. Internet nous ouvre un continent d'informations au bout du clavier, Internet favorise l'échange, le débat, t'iinteraction, le partage. Mais on est encore dans l'empirisme, dans une conception toute humienne du savoir, une quasi idéologie du connaître. Beaucoup de volontarisme intellectuel dans tout cette aventure. Continuons à penser et à partager, il en sortira peut-être une révolution kantienne de l'ère numérique…

Posted by ljodoin on 15 janvier 2010 @ 4

Ce billet de Nonovision apporte un peu pas mal d'eau à ton moulin.

Michel Serres, en renfort : intéressant

http://novovision.fr/?Mes-994-livres-internet-e...

Posted by ljodoin on 16 janvier 2010 @ 1

Le tableau dressé par Elizabeth Eisenstein sur la profondeur des changements dans les mentalités (donc dans la manière de penser) du passage de la culture du manuscrit à celle de l'imprimé, ne peut que nous inviter à imaginer que la numérisation/dématérialisation/mise en relation sur internet aura des conséquences d'une échelle comparable. ;-)

Posted by narvic on 16 janvier 2010 @ 7

Bonjour Narvic. J'apprécie, dans ton billet, la mise en lumière que tu fais du paradoxe que vivrons les historiens 'digital natives' lorsqu'ils devront imaginer le monde pré-numérique. Pour nous qui vivons la transition entre les deux ères, l'effort de cette projection ne nous échappe pas, tellement nous sommes en immersion dans le numérique aujourd'hui. C'est l'histoire de l'évolution de notre pensée personnelle qu'il faut écrire, et je crois que c'était la consigne demandée aux collaborateurs du webzine The Edge mentionné dans mon billet.

Difficile d'imaginer le monde de nos enfants, qui n'auront rien connu d'autre qu'un monde ou l'accès à la bibliothèque universelle est gratuit, simple, instantané et… normal. Mais difficile aussi, de plus en plus, de se rappeler celui, non lointain, où la seule distraction d'un esprit curieux lors de la lecture d'un livre provenait… d'un autre livre!

Posted by VincentAC on 17 janvier 2010 @ 4

Et si la transformation en cours allait en fait encore plus dans le sens de l'empirisme, permettant un accès à ce point abondant à la connaissance des autres, à des données de toutes sortes, à des bribes d'expériences humaines, et permettant une confrontation à ce point rapide des idées, qu'il sera encore plus étranger pour l'esprit de se retirer pour réfléchir, théoriser et cultiver sa pensée?

Chose certaine, tu m'as donné envie de découvrir plus à fond les théories de Hume et Kant sur la connaissance. As-tu des lectures particulières à me suggérer pour commencer?

Posted by VincentAC on 17 janvier 2010 @ 5

Dès l'invention de l'écriture l'homme a découvert sa «finitude» face au savoir. Internet ne fait qu'exacerber le tout…

Hum, tout un programme, pour les lectures…

Pour Kant, on peut commencer en douceur avec ses Prolégomènes et se farcir – ardu – sa Critique de la raison pure.

Sinon, du côté des commentateurs :

Gilles Deleuze : La philosophie critique de Kant, PUF
Collectif : La révolution kantienne, Histoire de la philosophie, Idées, Gallimard

Hume : Enquête sur l'entendement humain, Flammarion, poche

Sinon, «plus près» de nous, des classiques :

Thomas Kuhn : La structure des révolutions scientifiques
Karl Popper : Logique de la découverte scientifique

et un commentateur, sociologue, qui embrasse l'ensemble de ses problématiques :

Raymond Boudon : «L'art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses», Fayard.

Posted by ljodoin on 17 janvier 2010 @ 7

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