
17 janvier 2010
Martin Angelov propose, avec «Kolelinia», un système de rails qui permettraient aux vélos de rouler quelques mètres au-dessus du sol. «The transport is not only a transport, it has to be an experience! The quality of this process reflects directly on the quality of our life.» écrit-il.
Cette idée n’est pas sans rappeler la démarche de Dean Kamen, l’inventeur du Segway, qui disait lors de sa conférence à TED: «What if cities could give to their pedestrians what we take for granted as we now go between cities? What if you could make them fun, attractive, clean, environmentally friendly?»
Ces propositions se soucient d’un aspect souvent absent du discours des promoteurs du transport durable: celui de l’expérience de l’utilisateur, qui est pourtant depuis longtemps central dans celui de l’industrie automobile.
14 janvier 2010
Comment Internet modifie-t-il votre manière de penser? Voilà la question de l’année de l’influent webzine intellectuel The Edge. Pas moins de 167 auteurs de tous les milieux ont exploré la question de tous les angles. Si la question vous intéresse, vous êtes servi.
Pour Lee Smolin, un réputé physicien du Perimeter Institute, il serait faux d’affirmer qu’Internet a transformé notre façon de penser. C’est plutôt le contexte dans lequel on pense qui a changé.
«We used to cultivate thought, now we have become hunter gatherers of images and information. This speeds things up a lot but it doesn’t replace the hard work in the laboratory or notebook which prepares the mind for a flash of insight. But it nonetheless changes the social situation of that mind. Scholars used to be more tied to the past through texts in libraries than to their contemporaries. The Internet reverses that by making each of our minds a node in a continually evolving network of other minds.» (lire l’essai au complet)
Dans son essai, Smolin observe aussi qu’Internet a eu pour effets d’«aplanir» les communautés scientifiques («Blogs, email and Internet data bases put everyone in the community on the same footing»); de les délocaliser («You don’t need to travel to see or give talk»); de les synchroniser («Everyone gets the news about the new papers at the same time every day. Gossip spreads just as fast on blogs.») et de les élargir («It creates communities of diverse thinkers who would not otherwise have met»).
Il me semble indéniable qu’Internet a considérablement transformé le contexte dans lequel la connaissance circule. Mais je ne crois pas qu’il soit possible de persister dans ce nouvel environnement sans que soit à son tour transformé notre façon de penser.
Si nous accédons différemment à la connaissance, n’apprendrons-nous pas différemment? Et si nous apprenons différemment, peu à peu, ne penserons-nous pas différemment?
10 janvier 2010
Pour moins de 1000$, il est désormais possible de commander une imprimante 3D. Le Cupcake CNC de MakerBot Industries, le RepRap et le Fab@Home sont des imprimantes accessibles aux particuliers, qui viennent en pièces détachées et se branchent via USB à un ordinateur personnel. Ces trois «fabricateurs» sont à code source ouvert, et seront donc continuellement perfectionnés par la communauté grandissante des imprimeurs d’objets. «Share your digital designs and be part of the Digital Fabrication Revolution» annonce le site Thingiverse.com. Ils sont déjà nombreux à comparer leurs designs et à placer dans le domaine public des données d’objets 3D, tels que des blocs compatibles avec les Lego ou le visage de Thom Yorke.
Le pari est que d’ici quelques années, il sera commun de numériser et imprimer à domicile des objets de plus en plus complexes, à l’aide de matériaux de plus en plus variés. Que ces machines soient à codes source ouvert n’est pas négligeable. Puisque les données de chacune de leurs pièces sont disponibles publiquement, les imprimantes 3D peuvent s’auto-dupliquer, voire imprimer une version plus avancée d’eux-mêmes. Les deux premiers modèles du RepRap ont d’ailleurs été nommés Darwin et Mendel, une invitation à considérer l’évolution de ces machines comme l’évolution des espèces vivantes, qui se reproduisent et s’adaptent peu à peu. C’est un peu tiré par les cheveux, mais ça porte à réfléchir. Imaginons un monde où l’espace physique évolue sur la base de l’intelligence collective de citoyens créatifs et bien outillés.
Zach Hoeken, qui présente ces jours-ci le Cupcake de MakerBot au Consumer Electronics Show, est un des pionniers de cette révolution de la fabrication numérique. Il y a un an, à l’occasion d’une conférence donnée à Berlin, il a dressé un intéressant parallèle entre les logiciels libres et les «objets libres»:
«Open source hardware is following a similar route: designs and instructions to create real, physical objects are freely shared. Currently it is fairly difficult to take a design for an object and automatically execute that design as a real object. Due to many exciting developments in the world of open source hardware, this is slowly changing. Things like CNC machines, laser cutters, and 3D printers are becoming more prevalent. These machines will become the physical computers of the coming revolution. As these machines become more and more prevalent, they will also likely increase in quality as well as decrease in cost, allowing people across the globe to digitally share designs which can be created and used locally, without requiring a large skill set to create them. Just as the computer revolution has allowed non-programmers to access the internet and do amazing things with their computers, the physical compiler revolution will allow non-engineers to download and ‘print’ objects such as robots, appliances, shoes, electronics, and more. This revolution will transform physical objects into software that will be sent around the world in an instant.»
Si le sujet vous intéresse, et que vous appréciez la science-fiction, je vous recommande vivement le dernier roman de Cory Doctorow, Makers. L’histoire, qui est par ailleurs fort prenante, met en scène un duo d’inventeurs «de garage» qui en viennent à utiliser des imprimantes 3D pour réinventer le parc d’attraction. Ils proposent aux visiteurs un parcours à travers les salles d’un centre commercial désaffecté décorées d’objets automatiquement imprimés et déplacés en temps réel. Le «manège» est rendu public via un API, et rapidement d’autres manèges, un peu partout dans le monde, sont mis en opération. Tous ces lieux sont reliés en réseau de manière à ce qu’une modification effectuée dans un manège, par exemple lorsqu’un visiteur ajoute un objet, est reproduit dans la salle équivalente de tous les autres manèges. Le résultat devient une sorte de wiki physique, qui en vient peu à peu à tendre vers une représentation symbolique de notre conscience collective (du moins aux yeux de certains personnages). Dans une vaine tentative de concurrencer ce mouvement qui nuit passablement à ses parcs d’attractions vieillissants, Disney distribue gratuitement des imprimantes 3D à qui le veut bien, et utilise son réseau pour imprimer des produits dérivés dans les foyers de gens.
C’est à prévoir. Les imprimantes 3D n’entraîneront pas une libération complète des objets. On doit aussi s’attendre à la naissance des spam 3D et autres «objets indésirables»…
9 janvier 2010
Un nouveau nom, un nouveau design, et une orientation mieux définie, tels sont les grands chantiers qui ont eu cours, ici-même, pendant les quelques moments creux (ou plutôt, de digestion) de la période festive des dernières semaines. Ce blogue, désormais nommé Infogramme (pour des raisons expliquées dans la section À propos) continuera à s’intéresser à des sujets qui, directement ou indirectement, sont reliés à l’information et au monde en transformation qui nous entoure. Vous pouvez donc vous attendre à des réflexions et des billets de mon cru; mais aussi à des entrevues et des discussions avec les nombreux acteurs et penseurs du monde de l’information. Un de mes objectifs avec Infogramme en 2010, c’est d’aller sur le terrain et impliquer des intervenants de plusieurs milieux dans une réflexion qui à mon sens, souffre d’un déficit de transversalité.
Car de mon point de vue, si le numérique transforme peu à peu nos sociétés, c’est en grande partie en brouillant les frontières des disciplines, des professions et des institutions. Que chacune d’entres elles se livre à des réflexions sur sa propre évolution (pour ne pas dire «survie») est important, mais il est important aussi de proposer des avenues qui remettent en question ces frontières. C’est un peu, aussi, l’objectif d’Infogramme. Les commentaires à la suite des billets sont d’ailleurs, à ce sujet, toujours bien précieux.
Sur une note plus personnelle, je suis très heureux de cette nouvelle année qui débute. En 2010, je continuerai à travailler sur divers projets à la Ville de Montréal, à Espaces Temps Montréal, et à l’Agence Science-Presse, sans parler de quelques autres projets potentiels qui s’annoncent forts stimulants. Je suis très chanceux de pouvoir ainsi travailler sur des projets passionnants avec des gens passionnés, mais je dois en contrepartie continuellement relever un défi toujours difficile mais qui vaut la peine d’être relevé, celui de conserver une part non négligeable de temps libre pour (notamment) la détente, les loisirs et la réflexion… plutôt que d’utiliser ce précieux temps pour faire encore plus de projets passionnants avec des gens passionnés! Ce qui, je le devine, est la dangereuse tentation de beaucoup de gens qui ont l’heureux «problème» de faire ce qu’ils aiment et d’avoir envie d’en faire encore plus.
Ce qui m’amène à penser: que deviendrait la société, si tous parvenaient à vivre de leur passion? Une société de passionnés pourrait-elle être fonctionnelle, pourrait-elle être stable? Ou au contraire, la population serait-elle plus que jamais désintéressée par les problématiques bien concrètes de la vie en société?
Bonne année à tous!
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Rédigé par Vincent Audette-Chapdelaine