
27 juin 2010
Classé dans Futurisme, Internet, Technologie

Le monde physique (objets, routes, tuyaux, etc.) est destiné à devenir de plus en plus connecté à Internet, prédisent IBM et le MIT Senseable Lab. Les objets se comporteront alors en fonction des données qu’ils capteront de leur environnement et des systèmes dont ils font partie et avec lesquels ils interagissent.
Lorsque nous aurons réalisé cet «Internet des choses», nous aurons accès à une masse de données provenant de notre entourage matériel. Données desquelles nous pourrons dégager du sens et que nous pourrons utiliser pour «optimiser» nos maisons, nos villes, et carrément, nos vies.
On aura aussi ouvert la porte à de nouvelles possibilités d’interaction avec notre environnement physique. Par exemple, on fera plus facilement le suivi de l’état de notre patrimoine matériel, le tout directement en ligne. Il sera possible de programmer des conditions du genre «SI la pinte de lait est à 85% vide ET que je ne pars pas en voyage dans les prochains jours, ACHÈTE une nouvelle pinte de lait». On pourra également mettre au point des «playlists» d’ambiances qui combineront musique, éclairage, température, images sur les murs, etc.
Lorsque tout le monde aura un inventaire de son patrimoine matériel en ligne, il est à prévoir que beaucoup opteront pour la transparence totale et mettront ces données à la disposition de leur réseau d’amis, voire au grand public. Ce sera là un outil formidable pour la recherche sur les habitudes de consommation des gens. Mais chacun pourra aussi, pourquoi pas, fouiller dans la bibliothèque, voire dans le frigo de ses voisins, connaître leur consommation en eau et en électricité, et ainsi de suite. On pourra aussi se créer des alertes, du genre: «SI quelqu’un à moins de 100 mètres de chez moi achète une souffleuse à neige, M’AVERTIR lors de la première tempête l’hiver prochain».
Bien sûr, il sera toujours possible de se limiter aux objets «déconnectés», ou du moins garder nos données privées, mais ce ne sera pas l’option économique, à la mode et par défaut…
L’Internet des choses rendra-t-il vraiment possible une planète plus intelligente? Ou est-ce un pas de trop dans la voie de la complexification de notre monde?
View Comments
25 février 2010
Classé dans Bibliothèques, Coworking

Ça fait longtemps que je reporte l’écriture de ce billet, comme c’est souvent le cas avec les sujets plus importants que je veux aborder. (Mon billet précédent n’en faisant pas partie!) Je lance aujourd’hui une discussion qui, je l’espère, rejoindra autant la communauté des bibliothèques que celle du coworking (on dit également cotravail, mais pour les besoins du billet, je vais conserver le terme généralement associé au mouvement).
Tout d’abord, quelques observations:
Les cafés sont des lieux populaires auprès des travailleurs indépendants et des étudiants
Je n’ose pas dire «plus populaires que les bibliothèques» car je n’ai trouvé aucune étude sur la question, mais de mes propres observations, les bibliothèques ne sont pas la destination de prédilection pour une majorité d’étudiants et de travailleurs indépendants qui veulent passer la journée à travailler à l’extérieur de chez eux.
RueMasson.com, un tout nouveau site Web qui célèbre le quartier du vieux Rosemont à Montréal, publiait il y a quelques jours un billet intitulé Enquête : les meilleurs endroits où travailler avec son ordinateur. Leurs critères d’évaluation sont assez révélateurs: ambiance, nourriture, service, internet et prises de courant, confort. En d’autres mots, si on veut passer la journée à travailler, on cherche une ambiance agréable, on veut pouvoir manger sur place et boire son café, sans devoir quitter sa table et transporter son ordinateur et ses livres. J’ajouterais qu’on veut également pouvoir arriver très tôt, partir très tard, travailler en groupe, parler au téléphone, etc. Tant de choses souvent difficiles, parfois interdites, dans la plupart des bibliothèques publiques; et pas toujours optimales dans les cafés non plus.
Pendant mes années d’étudiant et de travailleur autonome, j’ai constamment été, comme beaucoup de mes collègues, à la recherche de l’espace de travail idéal. Chez moi: trop de tentation à la procrastination, trop solitaire, et envie de changer d’air. Bibliothèque: heures d’ouvertures trop restreintes, obligation de se déplacer pour manger, ambiance parfois austère. Cafés: obligation de consommer, difficulté de se concentrer. Ce sont néanmoins les cafés, qui, généralement, remportaient la mise. On n’a qu’à entrer dans une Brûlerie St-Denis ou un Starbucks pour noter l’ampleur du phénomène.
À l’ère du numérique, les bibliothèques sont appelées à jouer de nouveaux rôles
Ce n’est une nouvelle pour personne: le modèle traditionnel des bibliothèques n’est plus tout à fait en phase avec les pratiques d’accès à l’information d’aujourd’hui. Ce que sera le nouveau modèle — ou plutôt, les nouveaux modèles — de la bibliothèque à l’ère du numérique laisse place à de nombreuses, intéressantes et pertinentes discussions dans le monde de la bibliothéconomie.
J’ai déjà parlé dans ce blogue du concept de troisième lieu, au sujet duquel je vous conseille vivement la lecture de la thèse de Mathilde Servet, Les bibliothèques troisième lieu. Dans sa thèse, elle observe un nouveau modèle de bibliothèque émerger: de véritables espaces publics pour la collectivité, des centres culturels et communautaires qui, après le lieu de résidence et le lieu de travail, deviendraient ainsi le troisième espace social des citoyens. Au Royaume-Uni, au Pays-Bas et en Scandinavie, les bibliothèques ont déjà pris ce virage avec des projets innovateurs comme les «Idea Store». En multipliant les programmes d’animation et de médiation de la lecture, et en faisant des bibliothèques des lieux de plus en plus animés, on se dirige dans cette direction au Québec également.
Je propose que l’on considère également les bibliothèques comme des deuxième lieu, à l’intention de ceux qui n’en ont pas. La bibliothèque deuxième et troisième lieu: un espace social de travail et un lieu d’échange des connaissances dans la communauté.
Les bibliothèques sont naturellement des lieux de partage de connaissances
Quel est le rôle des bibliothèques, sinon de garantir à tous les citoyens un accès gratuit à la connaissance et à la culture? Si on admet que les centres culturels, lorsqu’ils existent, jouent le rôle de démocratiser certains arts en organisant expositions et spectacles gratuits, il reste aux bibliothèques de garantir un accès à la culture littéraire, à la culture scientifique, et… à «la connaissance». La connaissance des citoyens d’une ville est énorme, et elle se transmet souvent mieux par des échanges entre individus que par la lecture de documents écrits, qui ne contiennent qu’une partie de toute la connaissance en grande partie tacite.
Il m’apparaît naturel que les bibliothèques revendiquent le mandat de servir d’espaces d’échange de ces connaissances, en accueillant des événements qui ont de toutes manière déjà lieu, mais ailleurs (en ayant parfois de la difficulté à trouver un endroit, cela dit). Ces événements sont des occasions de rencontre entre les membres d’une communauté, et parfois même des occasions de développement de nouvelles connaissances. Leur simple existence témoigne de la vitalité de notre «société du savoir».
À Montréal, comme dans plusieurs autres grandes villes (mais Montréal est particulièrement dynamique à ce niveau), on ne compte plus le nombre d’événements du type «barcamp» qui se tiennent chaque mois, organisés par des bénévoles passionnés et impliqués dans leurs communautés respectives, qui échangent beaucoup en ligne mais qui comprennent l’importance de discuter et de se rencontrer physiquement. À ma connaissance, aucun de ces «camp» ne s’est déroulé dans une bibliothèque, alors que de nombreux se déroulent dans des espaces de travail de type «coworking», que je décrirai plus loin.
Pour suivre encore un peu l’actualité montréalaise, un groupe de personnes développent actuellement le projet Upop Montréal, une université populaire qui prévoit débuter ses activités à l’automne 2010, et qui offrira des cours ouvert à tous, à l’extérieur du modèle académique traditionnel. Comme les autres événements mentionnés, il s’agit d’une initiative purement bénévole, probablement non subventionnée et sans modèle d’affaire sinon trouver des commanditaires pour absorber les coûts. La philosophie n’est pas de faire de l’argent, mais de partager des expériences, diffuser des connaissances, rencontrer des personnes enrichissantes. Il me semble que ce type d’activité devrait naturellement être accueilli par des institutions dont la vocation est la circulation des connaissances dans la communauté. Les bibliothèques en font partie.
Le mouvement du «coworking» à la rescousse
«Did you know that there is a global community of people dedicated to the values of Collaboration, Openness, Community, Accessibility, and Sustainability in their workplaces?» —
coworking.com.
14% des travailleurs québécois sont des travailleurs indépendants, selon Emploi Québec, et, contrairement à la croyance, ce taux serait relativement stable depuis 20 ans. Mais si le nombre de travailleurs indépendants n’a pas significativement augmenté, on a pendant cette période vu l’arrivée du Web et l’émergence d’une forte culture participative. Peut-être le mouvement des coworking est-il issu de cette culture?
«Working alone sucks» ont commencé à proclamer travailleurs de partout, dès 1999. Un mouvement est né. «A movement to create a community of cafe-like collaboration spaces», comme le décrit le blogue coworking.info. Des espaces de travail conviviaux, des foyers de collaboration. Des lieux qui sont, justement, à la fois des deuxième lieu (lieu de travail) et des troisième lieu (lieu de vie citoyenne).
À Montréal, le premier espace de coworking est Station C, fondé en 2008 par Daniel Mireault et Patrick Tanguay. Dans son manifeste, on peut lire que «La Station C est un espace de travail qui encourage la collaboration, l’esprit de communauté, et les heureuses surprises. Nous offrons un point de rencontre aux créateurs et aux innovateurs, qu’ils soient entrepreneurs, travailleurs autonomes, geeks, designers, rédacteurs, artistes ou activistes. La Station C appartient au mouvement international du co-travail, qui vise à réunir les avantages d’un bureau, d’un café, d’un salon, d’un incubateur d’entreprises, et d’un lieu public.»
Puis est apparu en 2009 la coopérative ECTO. On peut lire sur son site que «ECTO réunit un ensemble d’individus mus par le désir de mettre en place une nouvelle forme d’organisation du travail, adaptée à la réalité économique du XXIe siècle. S’appuyant sur le modèle des coworking spaces (un mouvement en plein essor), la coopérative ECTO offre à ses membres un espace collectif de travail et d’échanges qui permet de nourrir le travail des uns et des autres, tout en contribuant à leur mieux-être, et en encourageant la synergie entre les personnes qui travaillent dans des domaines distincts.»
Ces espaces montréalais s’inscrivent dans la communauté grandissante des coworking dans le monde [carte]. C’est une communauté transparente et ouverte, toujours prête à aider les nouveaux projets: «500+ people from around the world, working together on this. There is no central organization, only leagues of interested individuals, making these spaces happen.»
Qu’est-ce que les bibliothèques ont à voir là-dedans?
Si on peut aisément voir dans les bibliothèques le mandat de servir de lieux d’accès à la connaissance pour tous, il n’est pas aussi simple de justifier qu’elles devraient également servir d’espaces de travail quotidiens pour un ensemble de travailleurs indépendants. Pourtant, la demande est certainement là.
Il ne serait pas difficile de remplir des bibliothèques de pigistes, graphistes, programmeurs, écrivains, étudiants et autres travailleurs qui, plus souvent qu’autrement, travaillent de chez eux. On créerait certainement de la sorte de véritables pôles d’activité, d’où émaneraient certainement de nombreux projets et des collaborations entre travailleurs aux horizons divers. La bibliothèque comme pôle d’innovation: pourquoi pas? Mais cela se fera à condition que les bibliothèques participantes soient conçues et gérées à cette fin, qu’elles soient animées d’une vitalité créative, bref, d’une véritable «ambiance de café», pour reprendre l’expression du mouvement.
Enfin, pour conclure, je dois préciser que l’idée que j’avance ici n’est certainement pas que les bibliothèques publiques fassent compétition au coworking… mais plutôt qu’elles joignent le mouvement! Et l’idée n’est pas non plus que toutes les bibliothèques adoptent ce modèle, mais que certaines, stratégiquement localisées, soient planifiées afin de répondre à ces besoins spécifiques. Pourra-t-on encore parler de bibliothèques? Là n’est pas la question. Si le terme peut ne pas sembler le plus approprié, l’institution qu’il y a derrière est, à mon avis, toute indiquée pour jouer ce rôle.
View Comments
22 février 2010
Classé dans Expérience utilisateur, Files d'attente, Transport

Avez-vous déjà remarqué qu’une file d’attente a tendance à se contracter lorsque la fin de l’attente approche?
Par exemple : supposons que vous êtes au terminus, et que vous faites la file devant la porte où votre autobus est annoncé pour 16h25. Il est pratiquement assuré que vers 16h15, avant même que l’autobus soit en vue, la file se resserrera et vous serez entraîné quelques pas en avant. Pourtant, personne n’a quitté la file. Cette dernière n’a fait que gagner en densité.
Il n’est pas difficile d’expliquer ce phénomène. La file se resserre lorsque les individus qui la composent sentent que l’attente achève. Chacun quitte le « mode veille » dans lequel il était plongé depuis son arrivée, pour occuper un « mode alerte ». Une organisation n’a pas intérêt à ce que ses usagers ou clients fassent trop longtemps la file. Et elle n’a surtout pas intérêt à ce que sa file soit maintenue en mode alerte.
Attendre dans une file en mode veille est une expérience qui, sans être nécessairement agréable, n’est pas source de frustration. On sait à quoi s’en tenir: on en aura encore pour un certain temps. Si des personnes arrivent à attendre des heures devant un cinéma avant la sortie d’un film attendu, c’est qu’ils savent que quoiqu’il arrive, le film ne commencera pas avant l’heure annoncée. Pendant toute cette attente, ils sont détendus. Dans un tel mode, on peut se perdre dans nos pensées, écouter de la musique calmement. Cela peut même être un rare moment de relaxation dans une journée bien remplie. Et si on sait que l’on va attendre très longtemps, comme dans la file d’attente d’un spectacle ou d’un film très couru, l’attente devient en soi un événement, un expérience sociale.
Mais lorsque la fin de l’attente approche, la file se contracte. On passe en mode alerte. Les attentes sont élevées. On est prêt à bouger.
Une file contractée maintenue dans cet état, même quelques minutes seulement, est généralement la source d’une grande frustration pour ses occupants. Cette frustration ne vient pas tant de l’impatience que du sentiment d’avoir été déçu, trompé. C’est une mauvaise expérience. Le fruit d’un mauvais design.
Il existe depuis longtemps des modèles cherchant à optimiser les files d’attentes, mais ce n’est pas avec ces approches mathématiques qu’on parviendra à faire des files d’attentes (ou encore des salles d’attentes) des endroits où il fait bon passer du temps, si je peux me permettre l’expression.
Il ne suffit pas d’avoir un service à la clientèle pour garantir la satisfaction des clients, ou même pour avoir un portrait juste de leur appréciation des services. Sans faire de fixation sur la contraction des files, cet indicateur peut permettre de comprendre ce que des plaintes formelles du genre «l’autobus n’est jamais à l’heure» ne pourront pas nous apprendre. Si les files d’attentes au terminus d’autobus se contractent 10 minutes avant l’heure annoncée, il y a une cause. Les passagers présument probablement que l’heure annoncée est l’heure de départ de l’autobus, et estiment que la vérification des billets et l’embarquement durera au moins 10 minutes. Si la foule est contractée 10 minutes avant l’heure indiquée, il faut que l’autobus arrive réellement 10 minutes avant l’heure indiquée, ou alors qu’une action soit posée pour clarifier une information qui porte à confusion, et ainsi repousser la contraction jusqu’à l’heure réelle où la file sera assouvie.
Vous aurez compris que le cas des files d’attentes n’est qu’un exemple parmi d’autres pour illustrer l’importance d’offrir aux citoyens des expériences satisfaisantes dans les lieux publics. Les bâtiments, aéroports, commerces, et en fait tous les environnements physiques dans lesquels évoluent des humains, gagneraient à être davantage conçus en suivant les principes du design de l’expérience utilisateur. Le manque de repères, le manque d’information, les informations ambigües, et les cas de déception telle que celui de la « contraction inassouvie des files », devraient être systématiquement identifiés et réglés.
À ce sujet, bravo à la Société de transports de Laval. En ajoutant à ses arrêts des panneaux d’affichage indiquant la position des prochains autobus, alimenté en temps réel par GPS, la STL a bien compris que des usagers bien informés sont des usagers heureux!
À noter: Je ne suis pas le premier à m’intéresser aux files d’attentes sous l’angle de l’expérience utilisateur. Je viens en effet de découvrir une étude de Don Norman qui semble excellente, The Psychology of Waiting Lines. Dossier à suivre!
View Comments
17 janvier 2010
Classé dans Expérience utilisateur, Invention, Transport, Urbanisme

Martin Angelov propose, avec «Kolelinia», un système de rails qui permettraient aux vélos de rouler quelques mètres au-dessus du sol. «The transport is not only a transport, it has to be an experience! The quality of this process reflects directly on the quality of our life.» écrit-il.
Cette idée n’est pas sans rappeler la démarche de Dean Kamen, l’inventeur du Segway, qui disait lors de sa conférence à TED: «What if cities could give to their pedestrians what we take for granted as we now go between cities? What if you could make them fun, attractive, clean, environmentally friendly?»
Ces propositions se soucient d’un aspect souvent absent du discours des promoteurs du transport durable: celui de l’expérience de l’utilisateur, qui est pourtant depuis longtemps central dans celui de l’industrie automobile.
View Comments
14 janvier 2010
Classé dans Internet, Pensée
Comment Internet modifie-t-il votre manière de penser? Voilà la question de l’année de l’influent webzine intellectuel The Edge. Pas moins de 167 auteurs de tous les milieux ont exploré la question de tous les angles. Si la question vous intéresse, vous êtes servi.
Pour Lee Smolin, un réputé physicien du Perimeter Institute, il serait faux d’affirmer qu’Internet a transformé notre façon de penser. C’est plutôt le contexte dans lequel on pense qui a changé.
«We used to cultivate thought, now we have become hunter gatherers of images and information. This speeds things up a lot but it doesn’t replace the hard work in the laboratory or notebook which prepares the mind for a flash of insight. But it nonetheless changes the social situation of that mind. Scholars used to be more tied to the past through texts in libraries than to their contemporaries. The Internet reverses that by making each of our minds a node in a continually evolving network of other minds.» (lire l’essai au complet)
Dans son essai, Smolin observe aussi qu’Internet a eu pour effets d’«aplanir» les communautés scientifiques («Blogs, email and Internet data bases put everyone in the community on the same footing»); de les délocaliser («You don’t need to travel to see or give talk»); de les synchroniser («Everyone gets the news about the new papers at the same time every day. Gossip spreads just as fast on blogs.») et de les élargir («It creates communities of diverse thinkers who would not otherwise have met»).
Il me semble indéniable qu’Internet a considérablement transformé le contexte dans lequel la connaissance circule. Mais je ne crois pas qu’il soit possible de persister dans ce nouvel environnement sans que soit à son tour transformé notre façon de penser.
Si nous accédons différemment à la connaissance, n’apprendrons-nous pas différemment? Et si nous apprenons différemment, peu à peu, ne penserons-nous pas différemment?
View Comments
10 janvier 2010
Classé dans Impression 3D

Pour moins de 1000$, il est désormais possible de commander une imprimante 3D. Le Cupcake CNC de MakerBot Industries, le RepRap et le Fab@Home sont des imprimantes accessibles aux particuliers, qui viennent en pièces détachées et se branchent via USB à un ordinateur personnel. Ces trois «fabricateurs» sont à code source ouvert, et seront donc continuellement perfectionnés par la communauté grandissante des imprimeurs d’objets. «Share your digital designs and be part of the Digital Fabrication Revolution» annonce le site Thingiverse.com. Ils sont déjà nombreux à comparer leurs designs et à placer dans le domaine public des données d’objets 3D, tels que des blocs compatibles avec les Lego ou le visage de Thom Yorke.
Le pari est que d’ici quelques années, il sera commun de numériser et imprimer à domicile des objets de plus en plus complexes, à l’aide de matériaux de plus en plus variés. Que ces machines soient à codes source ouvert n’est pas négligeable. Puisque les données de chacune de leurs pièces sont disponibles publiquement, les imprimantes 3D peuvent s’auto-dupliquer, voire imprimer une version plus avancée d’eux-mêmes. Les deux premiers modèles du RepRap ont d’ailleurs été nommés Darwin et Mendel, une invitation à considérer l’évolution de ces machines comme l’évolution des espèces vivantes, qui se reproduisent et s’adaptent peu à peu. C’est un peu tiré par les cheveux, mais ça porte à réfléchir. Imaginons un monde où l’espace physique évolue sur la base de l’intelligence collective de citoyens créatifs et bien outillés.
Zach Hoeken, qui présente ces jours-ci le Cupcake de MakerBot au Consumer Electronics Show, est un des pionniers de cette révolution de la fabrication numérique. Il y a un an, à l’occasion d’une conférence donnée à Berlin, il a dressé un intéressant parallèle entre les logiciels libres et les «objets libres»:
«Open source hardware is following a similar route: designs and instructions to create real, physical objects are freely shared. Currently it is fairly difficult to take a design for an object and automatically execute that design as a real object. Due to many exciting developments in the world of open source hardware, this is slowly changing. Things like CNC machines, laser cutters, and 3D printers are becoming more prevalent. These machines will become the physical computers of the coming revolution. As these machines become more and more prevalent, they will also likely increase in quality as well as decrease in cost, allowing people across the globe to digitally share designs which can be created and used locally, without requiring a large skill set to create them. Just as the computer revolution has allowed non-programmers to access the internet and do amazing things with their computers, the physical compiler revolution will allow non-engineers to download and ‘print’ objects such as robots, appliances, shoes, electronics, and more. This revolution will transform physical objects into software that will be sent around the world in an instant.»
Si le sujet vous intéresse, et que vous appréciez la science-fiction, je vous recommande vivement le dernier roman de Cory Doctorow, Makers. L’histoire, qui est par ailleurs fort prenante, met en scène un duo d’inventeurs «de garage» qui en viennent à utiliser des imprimantes 3D pour réinventer le parc d’attraction. Ils proposent aux visiteurs un parcours à travers les salles d’un centre commercial désaffecté décorées d’objets automatiquement imprimés et déplacés en temps réel. Le «manège» est rendu public via un API, et rapidement d’autres manèges, un peu partout dans le monde, sont mis en opération. Tous ces lieux sont reliés en réseau de manière à ce qu’une modification effectuée dans un manège, par exemple lorsqu’un visiteur ajoute un objet, est reproduit dans la salle équivalente de tous les autres manèges. Le résultat devient une sorte de wiki physique, qui en vient peu à peu à tendre vers une représentation symbolique de notre conscience collective (du moins aux yeux de certains personnages). Dans une vaine tentative de concurrencer ce mouvement qui nuit passablement à ses parcs d’attractions vieillissants, Disney distribue gratuitement des imprimantes 3D à qui le veut bien, et utilise son réseau pour imprimer des produits dérivés dans les foyers de gens.
C’est à prévoir. Les imprimantes 3D n’entraîneront pas une libération complète des objets. On doit aussi s’attendre à la naissance des spam 3D et autres «objets indésirables»…
View Comments
9 janvier 2010
Classé dans Infogramme
Un nouveau nom, un nouveau design, et une orientation mieux définie, tels sont les grands chantiers qui ont eu cours, ici-même, pendant les quelques moments creux (ou plutôt, de digestion) de la période festive des dernières semaines. Ce blogue, désormais nommé Infogramme (pour des raisons expliquées dans la section À propos) continuera à s’intéresser à des sujets qui, directement ou indirectement, sont reliés à l’information et au monde en transformation qui nous entoure. Vous pouvez donc vous attendre à des réflexions et des billets de mon cru; mais aussi à des entrevues et des discussions avec les nombreux acteurs et penseurs du monde de l’information. Un de mes objectifs avec Infogramme en 2010, c’est d’aller sur le terrain et impliquer des intervenants de plusieurs milieux dans une réflexion qui à mon sens, souffre d’un déficit de transversalité.
Car de mon point de vue, si le numérique transforme peu à peu nos sociétés, c’est en grande partie en brouillant les frontières des disciplines, des professions et des institutions. Que chacune d’entres elles se livre à des réflexions sur sa propre évolution (pour ne pas dire «survie») est important, mais il est important aussi de proposer des avenues qui remettent en question ces frontières. C’est un peu, aussi, l’objectif d’Infogramme. Les commentaires à la suite des billets sont d’ailleurs, à ce sujet, toujours bien précieux.
Sur une note plus personnelle, je suis très heureux de cette nouvelle année qui débute. En 2010, je continuerai à travailler sur divers projets à la Ville de Montréal, à Espaces Temps Montréal, et à l’Agence Science-Presse, sans parler de quelques autres projets potentiels qui s’annoncent forts stimulants. Je suis très chanceux de pouvoir ainsi travailler sur des projets passionnants avec des gens passionnés, mais je dois en contrepartie continuellement relever un défi toujours difficile mais qui vaut la peine d’être relevé, celui de conserver une part non négligeable de temps libre pour (notamment) la détente, les loisirs et la réflexion… plutôt que d’utiliser ce précieux temps pour faire encore plus de projets passionnants avec des gens passionnés! Ce qui, je le devine, est la dangereuse tentation de beaucoup de gens qui ont l’heureux «problème» de faire ce qu’ils aiment et d’avoir envie d’en faire encore plus.
Ce qui m’amène à penser: que deviendrait la société, si tous parvenaient à vivre de leur passion? Une société de passionnés pourrait-elle être fonctionnelle, pourrait-elle être stable? Ou au contraire, la population serait-elle plus que jamais désintéressée par les problématiques bien concrètes de la vie en société?
Bonne année à tous!
View Comments